L’Assemblée provinciale de la Tshopo réagit vivement aux déclarations du député national et professeur Patrick Matata Makalamba, élu de Kisangani, qu’elle accuse de remettre en cause les prérogatives constitutionnelles des députés provinciaux et de jeter le discrédit sur l’organe délibérant.

Dans une mise au point rendue publique ce lundi 7 septembre 2026 à Kisangani, la Cellule de Communication de l’Assemblée provinciale affirme rétablir la vérité, la transparence et la redevabilité envers la population de la Tshopo, à la suite des propos tenus par Patrick Matata devant ses partisans et largement relayés sur les réseaux sociaux. Elle relève que le député national s’en prend à l’exercice des prérogatives constitutionnelles des élus provinciaux, présentant certaines initiatives parlementaires comme des actions dictées par des « frustrations » ou des intérêts partisans liés à la désignation des ministres provinciaux, des membres des cabinets de l’Exécutif provincial et des cadres des régies financières provinciales.
Au cœur de cette controverse, la mise au point dénonce également une présentation de l’Assemblée provinciale comme une source récurrente d’instabilité des gouvernements provinciaux successifs, ainsi qu’une accusation selon laquelle les députés provinciaux rechercheraient de « l’argent facile » à l’occasion des campagnes électorales des candidats gouverneurs. Pour l’organe délibérant, ces affirmations « dénaturent la réalité » et portent atteinte à l’image de l’institution, particulièrement à l’exercice du contrôle parlementaire.
Pour répondre à cette lecture des faits, la Cellule de Communication revient sur le parcours politique de Patrick Matata Makalamba. Elle rappelle sa participation active à la contestation de la gouvernance de l’administration Tokole, présentée comme celle du premier Gouverneur de la Tshopo. Elle évoque également ses démissions successives au sein des exécutifs provinciaux dirigés par les gouverneurs Constant Lomata, contre lequel il avait été candidat malheureux, puis Louis-Marie Wale Lufungula, démissions accompagnées, selon la mise au point, de dénonciations publiques des abus de gestion.
Son propre discours politique est ensuite placé au centre de la riposte. Lorsqu’il était candidat au poste de Gouverneur de Province, Patrick Matata « remettait régulièrement en cause l’action des gouvernements » et dénonçait le « laxisme » de l’Assemblée provinciale, qu’il appelait à exercer son contrôle parlementaire « sans complaisance ». La mise au point rappelle même qu’il s’était fait « informateur » auprès de l’organe délibérant.
C’est précisément cette position passée qui nourrit l’interrogation de la Cellule : « Donc, est bien quand le veut le Professeur Patrick Matata et est mauvais quand il ne le veut pas ? » Une formule qui résume, selon elle, la contradiction entre les exigences de redevabilité qu’il plaçait au cœur de son discours public et de son parcours politique ayant conduit à son élection à l’Assemblée nationale, et ses critiques actuelles contre un contrôle parlementaire exercé avec rigueur.
La polémique s’étend par ailleurs aux accusations visant les députés provinciaux, auxquels Patrick Matata reproche de chercher à placer leurs propres personnes dans l’administration provinciale et de poursuivre des intérêts financiers indus. En réponse, la mise au point le désigne comme « le grand tireur des ficelles » de la dernière crise ayant opposé les deux institutions provinciales, l’accusant de chercher une nouvelle fois à les opposer sans raison.
Sur la gestion des finances provinciales, les accusations se font encore plus précises. La Cellule affirme que Patrick Matata voulait contrôler les finances de la Province et qu’il a placé, à cette fin, un proche membre de sa famille au poste d’« assistant financier du Gouverneur de Province ». Cette personne constitue, selon la mise au point, un relais direct de son influence dans la gestion provinciale.
Selon le document, ce proche vit actuellement sous le toit de Patrick Matata à l’Université de Kisangani et sert également de relais à ses propos contre les élus provinciaux. La Direction Générale de la Régie Financière Provinciale des recettes non fiscales, DGRNFPT, n’échappe pas non plus aux accusations d’influence : la mise au point affirme qu’elle est contrôlée à travers l’un des « lieutenants » du député national.
Face à ces éléments, la Cellule de Communication invite l’opinion à mesurer « la distance entre les intentions affichées de bonne gouvernance et la réalité des faits d’influence ». Elle estime que les prises de position publiques doivent être confrontées aux pratiques et aux réseaux d’influence dénoncés au sein des structures provinciales.
Sur le plan institutionnel, le message se veut sans ambiguïté : « nous ne céderons ni à la pression ni aux manœuvres de distraction ». Les élus provinciaux réaffirment leur détermination à poursuivre leurs missions délibératives et de contrôle institutionnel avec « impartialité » et « rigueur », conformément à la Constitution et aux aspirations de la population de la Tshopo, dans le seul intérêt général de la Province.
Faute de clarification, une réponse institutionnelle plus ferme est annoncée. L’organe délibérant indique qu’il n’hésitera pas à demander au Gouvernement provincial, dont Patrick Matata est aujourd’hui présenté comme le « porte-parole », de tirer les conséquences de ses déclarations, notamment en retirant, pour raison d’équité, tous les « lieutenants » placés par lui dans différents cabinets de l’Exécutif provincial ou au sein des établissements publics provinciaux.
Cette mise au point intervient enfin dans un contexte d’apaisement engagé depuis mars dernier. L’Assemblée provinciale prend à témoin les autorités nationales et l’opinion publique tshopolaise face au risque de tensions que Patrick Matata « veut délibérément créer » entre les deux institutions provinciales. Elle rappelle que celles-ci avaient décidé de « fumer le calumet de la paix » dans l’intérêt supérieur de la Province, tout en demeurant chacune dans ses prérogatives, et réaffirme son attachement à la paix institutionnelle, aux principes républicains et à l’exercice plein de ses missions constitutionnelles.
